de la Callas
Dominique Borde
10/09/2008 | Mise à jour : 10:26 |
Dans «Master Class», la comédienne reprend le rôle de la célèbre cantatrice pour 60 représentations exceptionnelles au Théâtre de Paris.
Perruque brune, corsage blanc et jupe noire, la Callas est sur scène, s'assied derrière un bureau et prodigue ses conseils à une débutante en robe écarlate : « Un artiste, il entre et là il existe... Il faut être théâtral. » On s'y croirait mais c'est Marie Laforêt qui répète Master Class, la pièce de Terrence McNally qu'elle avait déjà interprétée en 1999. De nouveau, elle entre dans le costume et les attitudes de la mythique cantatrice pour une série de soixante représentations sur la scène du Théâtre de Paris. Elle raconte sa réincarnation qu'elle voit d'abord comme une grande leçon de théâtre.
« Tout est parti d'une défection de Fanny Ardant qui ne pouvait pas faire la tournée en 1999, se souvient-elle. Une telle pièce, on n'hésite pas une seconde ! Et aujourd'hui encore moins. Il y a dix ans, on était dans le laisser-aller et le laisser-faire, et la leçon partait d'une expérience relatée. Aujourd'hui, c'est une sorte de bouée de survie. Chacun se sentira concerné par ce qu'elle dit à ses trois élèves. Tous ses propos sur l'art, l'effort, la discipline s'adressent aussi bien aux chanteuses qu'aux spectateurs. Je serai d'ailleurs à l'écoute des réactions de la salle . »
« Exemplaire et excessive »
Le personnage lui était d'autant moins inconnu que Marie Laforêt a rencontré la Callas à deux reprises : « La première fois en 1975, je l'ai vue sur scène. C'était une leçon de présence. Elle entrait d'une manière naturelle et, en même temps, envahissait l'espace. C'est inoubliable. Je l'ai revue douze ans plus tard, au cours d'un dîner. Elle m'est apparue très différente de son image qui débordait le monde des médias. Elle portait un tailleur rose cendré Chanel et tenait toujours son sac, comme si elle avait besoin de se raccrocher à quelque chose et elle en faisait rouler la chaîne comme un chapelet. Rien à voir avec une Castafiore capricieuse. Elle donnait une impression de sérieux et sa voix parlée était très douce, ronde avec des sonorités anglaises et avait une grande humilité dans son attitude. » Maintenant est-ce que l'arbre Callas n'a pas caché l'interprète Laforêt, et comment l'actrice a-t-elle composé le personnage ?
Là dessus, elle est catégorique : « Je l'ai beaucoup écoutée chanter pour comprendre son travail, son humour, son implication. Ce qui demeure c'est la rigueur, et la passion transparaît à qui sait la voir. Elle est à la fois exemplaire et excessive. Il ne faut pas oublier qu'à ses débuts, à 21 ans, elle a déjà... quatorze ans de travail derrière elle. Elle disait : “je n'ai pas eu d'enfance, j'avais pas les moyens ”.. Jamais arrogante, elle sait pourtant ce qu'elle vaut. »
Et la comédienne reconnaît qu'elle a certains points communs avec la diva : « Nous sommes toutes deux méditerranéennes et j'adore l'opéra. Mais même si je chante, la chanson populaire n'a rien à voir avec le chant classique. Et de toute façon, je ne crois pas que l'on entre dans la peau de quelqu'un d'autre. On l'amène à soi, à ses propres émotions. Je crois que tous les artistes ont un patrimoine commun, un langage, des connaissances... Tout ce qu'elle dit, je le ressens. C'est exactement le contraire des stéréotypes que l'on fabrique à la “Star Ac”. Hier, j'ai joué Claudel, Audiberti ; aujourd'hui, je joue la Callas. C'est une façon de se reconnaître, de se défi nir . »
Maintenant, Marie Laforêt se refuse à faire la différence entre les trois disciplines qu'elle pratique : le théâtre, le cinéma et la chanson. « Être artiste, c'est un violon d'Ingres. On passe de l'un à l'autre, c'est une façon d'être.
Une grâce et une fatalité ! » Si elle est sévère envers les jeunes qu'elle trouve vieux avant l'âge, elle reconnaît avec humour : « J'ai l'impression d'être un fossile. Mais un fossile ça dure longtemps, et quand on le découvre, on le trouve tout neuf ! » Une définition que la Callas n'aurait pas reniée.
Théâtre de Paris,Tél. : 01 48 74 25 37 et www.theatredeparis.com
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à suivre...